L’amour conjugal -partie 1-

Encore une vaste question à laquelle nous allons tenter de répondre…

L’amour conjugal est à différencier du sacrement de mariage, ce dernier venant donner un aspect surnaturel à l’amour humain et le soutenir. De même, l’amour conjugal est à différencier des moments de fréquentation et de fiançailles qui sont souvent plein d’euphorie, d’illusions, mais aussi de réserve…

L’amour conjugal est en quelque sorte une amitié profonde et sacrée, tissée de complicités mais aussi de mésententes et de pardons. Voici divers articles très intéressants tirés du site Aleteia:

Par le Père Paul Habsburg:

Je garde dans mon cœur un chant assez touchant qui me revient souvent en tête. C’est celui du poète allemand Rainhard May, « Menschenjunges » (petit-bonhomme). Il décrit un père devant le berceau de son nouveau-né. Pendant qu’il regarde son bébé, il s’imagine les mille vies que celui-ci vivra. Avec émotion, il pense aussi à tout ce que son enfant et lui feront ensemble. Cela me fait penser, et j’en suis convaincu, que Dieu a un rêve pour chacun de nous et que Lui aussi regarde le nouveau-né par dessus l’épaule de son père terrestre…

A quoi Dieu pensait quand, en 1910, il regardait le berceau de la petite Agnès Gonxha Bojaxhiu ? Dans son cœur, le rêve de sa plénitude existait déjà. Le rêve de la plénitude de celle qui allait être connue plus tard sous le nom de Mère Teresa de Calcutta… Dans la quête du bon partenaire de vie, la majorité des hommes se pose cette question assez classique : « qui est la bonne personne pour moi ? » Ils ont leurs propres critères de sélection, peut-être même une petite check-list à laquelle doit correspondre au plus près le profil recherché. Les sites de rencontre fonctionnent un peu de la même manière me semble-t-il. Ce n’est pas tout à fait mauvais, car il faut quand-même partager des points communs… Pourtant je crois qu’on est un peu mal parti si on démarre une relation amoureuse comme ça.

La bonne question est : « pour qui suis-je la bonne personne ? » Tout d’abord parce que « la bonne personne pour moi » n’existe pas. Cela impliquerait que l’autre est là uniquement pour me combler, tel que je suis… Sans que cela sollicite la conversion de mon cœur, ni de travail sur moi. Tout serait facile. Trop facile ! Ensuite parce qu’« aimer » n’est pas simplement « avoir des grands sentiments » grâce à l’autre. C’est « apprendre à vouloir le bien de l’autre, apprendre à servir, apprendre à se donner, à accueillir. » Il y a une différence considérable entre « aimer l’autre pour moi » et « aimer l’autre pour l’autre et vouloir qu’il arrive à sa plénitude ».

Quel bel idéal à imaginer et même à croire : Dieu a un rêve pour la personne que j’aime, il a un rêve pour mon conjoint. Et le jour du mariage, Il me dit : « Mon ami, je te confie cette jeune femme (ou ce jeune homme). Mais attention : cette personne est à moi et elle est précieuse à mes yeux. J’ai un rêve pour elle, je pense à une plénitude pour elle. Veux-tu m’aider pour que ce rêve se réalise ? Pour qu’elle (lui) arrive à sa propre plénitude et vous, tous les deux, à votre plénitude ? Moi, je serai avec toi, je serai ta force, je te ferai comprendre qui est cette personne pour moi, et je me réjouis de réaliser mon œuvre à travers toi… Et de même : à travers elle, je voudrais aussi compléter mon œuvre en toi. Veux-tu te laisser façonner par moi à travers elle (lui)? En l’acceptant telle qu’elle est, non pas comme tu voudrais qu’elle soit ? ».

Faisons un petit pas de côté, en revenant un instant à l’Ancien Testament. Si nous voulons comprendre ce que signifie l’engagement de Dieu, regardons l’histoire d’Abraham, l’histoire de Moïse… Ce Dieu qui a ouvert la mer rouge devant Moïse et le peuple d’Israël, ce même Dieu va ouvrir vos « mers rouges » devant vous deux ! N’en doutez pas. Moi-même, j’en ai été souvent témoin pour ne plus en douter du tout ! Qu’est-ce que cela implique ? Rien de moins qu’un nouveau regard…

Changer de regard

À dire vrai, c’est la révolution copernicienne du cœur qui se prépare. Au lieu de voir l’autre comme la source du bonheur, on se met à désirer de tout cœur la plénitude de l’autre, celle à laquelle Dieu rêve. Le pape François le dit remarquablement bien dans Amoris Laetitia : « chacun des conjoints est un instrument de Dieu pour faire grandir l’autre. » Apprendre ainsi à accueillir l’autre pleinement, et à se laisser façonner par sa façon d’être — si différente et unique à la fois — est un vrai changement de regard.

S’impose alors une question. Comment connaître ce rêve ? Quel est le regard de Dieu sur votre conjoint ? La réponse est à la fois simple et mystérieuse. Fermez les yeux, ouvrez votre cœur, levez votre regard intérieur, cherchez le regard de Dieu, et demandez-Lui en toute simplicité : « Seigneur, quel est ton rêve sur mon conjoint ? Le sais-tu, mon Dieu… ? Je veux me convertir. Je voudrais savoir comment servir ton plan sur elle/lui, et donc sur notre couple ? Donne-moi la sagesse, car « elle connaît ce qui plaît à tes yeux » (Sa 9, 9) ». J’ose le promettre dans ces lignes : ce même Dieu qui a exaucé cette humble demande de Salomon, il vous écoutera vous aussi.

En cherchant alors la réponse à cette question « Pour qui suis-je la bonne personne ? » pourquoi ne pas commencer tout simplement à désirer de tout cœur que l’autre arrive à sa plénitude ? Si vous acceptez de vous laisser façonner et compléter par Dieu à travers l’autre, alors c’est déjà un très bon signe. Commencez à regarder l’autre avec ce regard du père ou de la mère devant le berceau de son petit. Permettez à Dieu de laisser son regard de tendresse passer par vos yeux. Regardez alors votre conjoint, et vous verrez… Dieu va vous faire entrer dans son rêve, et vous deviendrez un héros dans son histoire d’amour avec votre conjoint. Même si vous êtes mariés depuis trente ans ! Si vous êtes prêt pour cette révolution, pour cette conversion du cœur vers le rêve de Dieu et de son Amour, alors une nouvelle vie pour vous et pour votre couple commencera.

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« Vous êtes faits l’un pour l’autre », « voici réunies deux âmes jumelles »… Nous avons tous entendu ce genre d’affirmation notamment lors de discours de mariage.

Si je crois sans l’ombre d’un doute que l’homme et la femme sont faits l’un pour l’autre, je ne crois pas qu’il existe l’âme sœur que le Créateur aurait depuis toujours préparée et prévue pour l’autre. Car si c’était vrai, serions-nous vraiment libres ? Et si on se trompait dans le choix de la personne, aurait-on le droit de la changer pour le vrai perfect match ? Dieu aime et respecte trop notre liberté. Il aime se mettre en route avec ses enfants, les accompagner, écrire droit avec des lignes courbes. Dieu aime faire quelque chose de beau à partir de trois fois rien… Il me semble alors que le « l’âme sœur » n’existe pas.

Moi-même religieux, je partage ma vie — souvent pendant de longues années — avec des personnes que je n’aurai pas choisies en premier lieu. Pourtant, je garde encore ma liberté de choisir, d’apprendre à aimer, même quand je suis mis devant le fait accompli. Il me semble alors qu’on pourrait se marier avec pas mal de personnes. Ce n’est qu’après un bon et profond discernement, que celui qui aspire au mariage trouvera finalement la personne à épouser. Par conséquent, une fois marié, on est alors libéré d’un doute dangereux.

Au cours des mariages que je célèbre je dis souvent cette phrase aux mariés : « Heureusement vous n’allez plus jamais devoir vous poser la question si votre choix était le bon ou pas ! Votre choix est posé maintenant. Désormais, vous pouvez vous consacrer à la question suivante : comment peindre le meilleur tableau possible avec les couleurs que vous avez reçues ? ». En réalisant ensemble ce tableau commun, les couples doivent cependant veiller à ne jamais se comparer aux autres. Le seul modèle auxquels ils doivent aspirer, c’est à ce couple qu’ils sont appelés à devenir ensemble dans le cœur de Dieu.

Ce n’est qu’au moment où on se marie devant Dieu, que l’autre devient notre « âme sœur », grâce à qui on va atteindre notre plénitude. C’est possible parce que Dieu s’engage auprès d’un couple imparfait. Il le fait malgré les faiblesses de l’un et de l’autre. Il s’engage à ne jamais nous quitter. Au moment même du sacrement de mariage, Dieu nous confie l’autre pour qu’avec notre aide, il atteigne sa plénitude. À partir de ce moment-là le mariage n’est plus le lieu où on cherche le bonheur, ce qui est une erreur tellement souvent répandue ! Le mariage est le lieu idéal pour apprendre à aimer. Pour l’époux comme pour l’épouse, il permet d’apprendre à sortir de sa zone de confort et à se donner à l’autre.

Le but du mariage n’est pas que la vie soit plus agréable, plus facile ou avec moins de problèmes… Le but est d’apprendre l’art d’aimer, comment le disait le penseur allemand Erich Fromm. On n’a pas besoin de l’autre pour ne pas être seul, mais pour apprendre à se donner à l’autre : à celui qui est vraiment différent de nous, pour apprendre à accueillir l’autre qui aime et qui se donne différemment.

Aimer est choisir et re-choisir

Aimer est choisir. Saint Thomas d’Aquin disait que l’amour ne se limite ni au sentiment ni à l’émotion. Il se trouve juste entre la raison et la volonté. Reconnaissons-le, c’est une vision qui n’est pas très romantique… Cependant, nous avons besoin de la raison pour comprendre qui est l’autre, de quoi cet autre a besoin pour se sentir aimé. C’est après que nous pouvons employer notre volonté pour choisir d’agir ainsi, mettre en œuvre ce que nous avons compris. Aimer est choisir, et re-choisir. Il ne s’agit pas de rechercher la personne que nous avons choisie il y a des années, mais cette personne que nous avons devant nous aujourd’hui. Même — et surtout — si cet autre a bien changé…

Je me souviens de ce qu’un vieux prêtre irlandais me disait un jour : « Avant le mariage, il faut ouvrir grand les yeux. Après, il faut plutôt les fermer un peu ». Même si nous croyons bien connaître l’autre le jour du mariage, c’est impossible de le connaître parfaitement. Évidemment, nous ne savons pas comment il se comportera dans de nombreuses circonstances que nous n’avons pas encore expérimentées ensemble. C’est comme l’eau : on ne la connaît vraiment qu’une fois plongé sous différentes températures, selon des pressions et des circonstances diverses.

Ainsi, je ne crois donc pas que « l’âme sœur » existe avant le mariage. Je crois en revanche qu’un couple peut devenir un saint couple, même lorsque l’autre ne semble pas du tout être un saint conjoint. J’y crois précisément parce que Dieu s’engage dans le couple. Il n’est pas un spectateur qui bénit les jeunes mariés un peu de là-haut… Il s’y intéresse vraiment. Créateur, il est toujours prêt à faire pour chaque couple ce qu’il a fait pour le peuple d’Israël pendant l’exode. Dans les années 80, j’ai rencontré une femme abandonnée par son mari. Après dix ans de mariage, il était parti avec une autre. Cette femme a pourtant respecté le mauvais choix de son mari, par amour pour lui. Elle savait qu’il était un homme faible, qu’il manquait de maturité. Cela ne l’a pas pourtant empêché de lui rester fidèle, car elle a fait une promesse devant Dieu. « Si je le quitte aussi, m’a-t-elle dit, si je lui ferme la porte, il est perdu ». Finalement, son mari est revenu au bout de quinze années. Il n’est peut-être pas le chevalier blanc, mais il est devenu un bon mari, un bon père pour ses enfants, un homme humble et reconnaissant… Cette année, ils célèbrent leurs 50 ans de mariage !

Dieu soit loué ! C’est Dieu la source du bonheur, non pas le conjoint. Le conjoint peut être le lieu, le signe, l’instrument habituel. Dans le cas de cette femme, c’est Dieu qui, pendant ces 15 ans, lui a donné tout ce que son mari n’a pas su lui donner. Aujourd’hui je peux dire que cette femme est une des personnes les plus belles, les plus humbles et rayonnantes que je connaisse. Et je dois dire que c’est en grande partie « grâce » à son mariage si compliqué qu’elle s’est ainsi transformée. Son mari n’était donc peut-être pas son « âme sœur ». Mais cette femme s’est engagée pour toujours envers cet homme que Dieu lui avait confié. Elle a appris à faire confiance en ce Dieu qui s’était aussi engagé le jour de leur mariage. Elle a ainsi choisi d’aimer son mari pour qu’il devienne l’homme que Dieu voulait. Elle s’est transformée pour devenir l’épouse que Dieu voulait qu’elle soit pour son époux. Afin d’apprendre à aimer aussi dans les épreuves et devenir une de ces saintes que Dieu seul connaît.

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