Le rôle décisif du père dans l’éducation des enfants

Toute société est ou devient ce que ses chefs en font. Prions donc pour avoir de saints et zélés pasteurs, mais également pour que chaque père de famille ait le courage  et  un amour de l’Eglise suffisant pour oser tirer sa  famille vers  le  Ciel, en montrant lui-même l’exemple d’une tenue digne d’un temple du Saint Esprit : le père de famille  prouve  son amour des siens en maintenant des exigences difficiles qui tirent vers le Ciel et en les respectant lui-même, pas en amollissant sa famille par une diplomatie de bas étage. Et que dans chaque famille, les épouses et les enfants, chacun suivant son rang, se rangent complètement derrière la bannière du Christ-Roi. (cf site Modestie Catholique)

Pour faire de nos fils des « hommes bien », cela passe par l’exemple reçu durant l’enfance et puis l’auto-éducation durant la vie adulte. Comme l’exemple est un moyen magique pour influencer les autres, la vie exemplaire du père sera déjà une bonne éducation donnée aux fils. Car incarner ses valeurs est le meilleur moyen de les transmettre. Si le père ne joue pas son rôle, tout va se déliter, quoi que fasse la mère. Ce que le père incarne comme valeurs auprès de ses enfants sera reçu et intégré à 80%. La mère éduque le coeur et les vertus du coeur, certes, mais le père est la figure à la fois du roi, du prêtre et de l’ordre établi par Dieu. Sa manière de se comporter, et de conduire les choses va avoir un impact bien au-delà de ce qu’il imagine. Cela va structurer toute la vie morale, spirituelle, intellectuelle, relationnelle, politique, professionnelle de l’enfant puis de l’adulte. Je le répète: il incarne l’ordre établi par Dieu dans la Création. (cf interview du couple Marc et Maryvonne Pierre).

Un texte de Jean-Baptiste Noé, qui résume un livre très intéressant sur le rôle décisif du papa:

Que voulons-nous pour nos enfants ? Qu’ils réussissent leur vie, c’est-à-dire qu’ils soient heureux. L’œuvre éducative se mesure à cette aune : avons-nous été capables de fournir à nos enfants des concepts spirituels et des modèles de vie leur ayant permis, s’ils les ont suivis avec la liberté inhérente à chaque personne humaine, d’être des adultes heureux? On pourra bien sûr disserter longuement sur la notion du bonheur. Le bonheur peut se conceptualiser, il peut se penser, mais il se vit surtout. Un homme sait s’il est heureux ou s’il est malheureux, sans qu’il ait besoin de théoriser sur ce qu’est le bonheur.

Les éditions du Laurier viennent de republier un livret de James Stenson, professeur d’Histoire et de Littérature aux États-Unis, sur le rôle décisif du père dans l’éducation des enfants. Notre société étant de plus en plus féminisée, avec notamment une féminisation croissante du corps professoral, le rôle du père semble obscurci et négligé, alors même que son action est fondamentale pour une saine éducation des enfants. Son rôle est différent de celui de la mère ; différent et complémentaire. Il est vrai que les divorces nombreux contribuent aussi à réduire et à affaiblir le rôle du père. Beaucoup d’enfants ne voient plus leur père, ou ne le voit qu’à temps partiel, lors des week-ends ou des vacances. Cela est très préjudiciable car alors le père ne cherche pas à éduquer ses enfants, mais à profiter du peu de temps passé avec eux pour jouer ou pour leur faire passer un bon moment. Si cette attitude est compréhensible elle est en revanche préjudiciable à une saine éducation, notamment pour les garçons, qui ont besoin de modèle masculin, et qui n’en trouvent pas chez leur père. Beaucoup de troubles des garçons ont pour cause première l’absence du père, ou la mauvaise présence, celle d’un père joueur et amuseur et non pas viril et gardien de la masculinité.

Ce livret a l’avantage d’être bref. En quelques pages tout est dit, nul besoin de long traité d’éducation. Je vais ici présenter quelques points importants avancés par l’auteur, grand connaisseur des enfants et du rôle des parents.

1/ Le rôle des parents en général, et du père en particulier, est de faire des adultes. L’adolescence n’existe pas, c’est une invention du marketing psychologique et commercial. On est enfant, puis on est jeune adulte, avant de devenir un adulte mûr. Beaucoup d’enfants restent enfants, c’est-à-dire sont adolescents, ce qui correspond à des adultes immatures, à des enfants qui refusent de grandir.
L’enfant doit avoir des modèles d’adultes pour désirer le devenir. Le père est le premier modèle. Il peut aussi y avoir des oncles, des amis de la famille, des cousins. Mais fondamentalement, le père doit être un modèle, aussi bien pour les garçons que pour les filles, c’est-à-dire quelqu’un que l’on veut imiter, et en même temps que l’on sent confusément inatteignable. Il doit y avoir une part de mystère dans le père, que ce dernier ne doit pas chercher à dissiper. On aime bien que ce que l’on sent confusément inaccessible.

2/ Le père doit être préoccupé par la volonté de former le caractère de ses enfants. L’éducation n’est pas là pour former à un métier ou à une carrière. Les parents préoccupés par la carrière de leur enfant sont peut être pleins de bonnes intentions mais ils se trompent lourdement. D’abord parce que celle-ci est impossible à prévoir, comment connaître les évolutions économiques sur 50 ans ?, mais aussi parce que c’est la formation du caractère qui prime sur tout le reste. Si l’enfant a un bon caractère, il aura une bonne carrière, et il sera heureux, dans sa vie professionnelle et dans sa vie familiale. L’inverse n’est pas forcément vrai.

3/ Le père est le modèle des vertus morales et sociales. Il est le lien avec l’extérieur. La mère, quant à elle, est là pour apprendre à gérer un foyer. La mère a porté son enfant pendant les neuf mois de sa conception, elle a donc un rapport intime et intérieur avec celui-ci. Le père est extérieur, c’est pourquoi sa fonction est de lui apprendre à affronter le monde extérieur.

4/ Pour l’enfant, et pour le jeune adulte, il est crucial d’avoir d’autres modèles d’adultes: oncles, cousins, amis parentaux. Les enfants, surtout les garçons, cherchent des hommes au caractère fort, des hommes sur qui ils peuvent compter et s’appuyer.
Les enfants font beaucoup de tests pour voir jusqu’où ils peuvent aller, c’est un moyen pour eux de se former. Les enfants testent les adultes. Les adultes doivent le savoir, ils doivent voir quand un enfant le test, pour lui répondre par un caractère viril (et non pas brutal).

5/ Le père doit lire avec ses enfants. Il doit discuter avec eux, de façon individuelle. Beaucoup d’enfants ne parlent presque pas avec leurs parents. Un peu avec leur mère, surtout si celle-ci se consacre à son foyer, mais presque pas avec son père. Il est fondamental d’échanger avec eux, de consacrer quelques minutes par semaine à l’échange d’idées, à la discussion, à la confrontation des idées aussi. Voilà un domaine où les enfants testent les adultes.

6/ Le père doit prendre au sérieux ses enfants. Pour cela, il ne doit pas hésiter à leur demander leur avis, à leur confier des responsabilités, surtout aux garçons. Avoir confiance dans ses enfants, c’est accepter qu’ils se trompent, qu’ils nous mentent. Les parents savent quand les enfants mentent, mais il faut prendre le risque de la liberté ; cela en vaut la peine.

7/ Les parents doivent être forts. Il faut éduquer les enfants à la force, qui est une des principales vertus. La force de caractère est la meilleure chose que l’on puisse apprendre à un enfant. Notre société contemporaine cultive le vice de la mollesse. L’école n’incite plus au travail, au dépassement de soi, à l’effort. Le foyer est confortable, il y a le chauffage, la climatisation, c’est un nid douillet très utile pour se reposer. Seul le sport reste comme refuge de la formation du caractère. On accepte dans le sport des vertus que l’on refuse à l’école, comme l’élitisme, la sélection, le championnat, le travail et l’abnégation. C’est bien que cela reste dans le sport, mais c’est dommageable que cela ait quitté l’école.

8/ Il faut développer, chez les enfants, le goût de l’indépendance. Il faut donner aux enfants l’envie de devenir adulte, bannir le terme adolescent de notre vocabulaire, les encourager à quitter le monde de l’enfance pour entrer dans le monde des adultes. Pour cela, ce monde doit apparaître comme étant désirable.

9/ Les pères doivent penser à l’image qu’ils donnent à leurs enfants. Comment les enfants les voient-ils ? Ils ne les voient pas au travail, mais à la maison, ou en loisir. L’enfant voit son père quand il ne travaille pas, alors que le travaille est son activité normale.
L’enfant doit voir son père travailler. Pour cela on peut lui faire visiter son bureau, qu’il sache où il se rend tous les jours. L’enfant doit voir son père en tenue de travail, et non pas tout le temps en tenue de détente. Beaucoup d’enfants ne voient leur père que devant la télé, en habit de sport, ou en tenue décontractée. C’est extrêmement dommageable pour l’autorité du père, et pour son rôle de modèle. Les seuls adultes que l’enfant voit travailler sont ceux qui passent dans les émissions de télévision. Or ce sont pour lui des héros, et son père ne rentrent pas alors dans la catégorie des héros.

10/ Autrefois, les enfants partageaient les activités des adultes. Ils allaient à l’atelier, au champ, à l’usine avec eux, ils travaillaient avec eux. Aujourd’hui, ce sont les adultes qui partagent les activités des enfants. Les pères jouent avec leurs enfants, ils font du ballon, du vélo. Cela peut avoir du bon, mais il n’en faut pas trop. Alors qu’avant les enfants étaient amenés à se hisser au niveau des adultes, désormais ce sont les adultes qui se mettent à la portée des enfants. Ce n’est pas une bonne chose ; cela contribue à maintenir les enfants dans l’âge de l’enfance. Le monde de l’enfance doit leur apparaitre répulsif, pour qu’ils puissent entrer avec force volonté dans le monde des adultes.

11/ Les parents n’ont presque pas de conversations avec leurs enfants. Les conversations sérieuses sont bannies de la maison. Alors comment les enfants peuvent-ils se former ? Comment peuvent-ils se forger une opinion ? Les pères doivent prendre le temps de discuter avec leurs enfants, même si cela coûte.

12/ Les enfants consomment et ne produisent pas. À quoi servent les jeunes si ce n’est à consommer et à dépenser ? Ce sont les parents qui produisent, qui gagnent de l’argent et qui le donnent à leurs enfants pour qu’ils consomment. Un être qui ne produit pas est un être malheureux. L’homme n’est pas fait pour consommer mais pour produire, pour créer. Sinon, quelle est son utilité ? Quelle confiance porte- t-on à cette jeunesse ? Elle ressent le vide de son existence. Elle comprend qu’elle ne sert à rien, que la vie est absurde, d’où leur volonté de mort, à travers les suicides ou à travers l’usage des drogues.
C’est aux adultes à faire comprendre aux enfants qu’ils ont une utilité, pour eux- mêmes et pour la société. Qu’ils sont nés pour la grandeur et pour créer. Que leur vie a un sens, qu’ils doivent le trouver, et s’y conformer.

13/ L’école d’aujourd’hui maintient dans un état infantile, elle n’apprend plus à devenir adulte. Beaucoup d’instituteurs ou d’enseignants considèrent leurs élèves comme des enfants.
Les parents doivent donc être très attentifs à confier leurs enfants à une école, un collège ou un lycée qui prennent leurs enfants au sérieux, qui veulent en faire des adultes.

14/ Le père n’est pas là pour diriger mais pour guider les âmes. Le père ne doit pas être autoritaire, mais agir avec autorité. Un père autoritaire infantilise ses enfants, il les prive de liberté, il les empêche de grandir. Un père qui agit avec autorité permet à ses enfants de devenir des adultes.
La différence entre autorité et autoritarisme est énorme, c’est celle qu’il y a entre éducation et dressage.

15/ Que voulons-nous pour nos enfants? Que rêvons-nous pour eux? Pourquoi a-t-on des enfants ?
Chaque père devrait se poser régulièrement ses questions, elles orientent toute son éducation et tous ses rapports avec ses enfants. Voulons-nous qu’ils soient des hommes ou des enfants perpétuels ?

16/ Question du sens moral. La morale et les vertus sont elles encore présentes dans l’éducation d’aujourd’hui ? Quelles valeurs voulons-nous transmettre à nos enfants ?

17/ Il faut se préoccuper des qualités intérieures d’un enfant, non du choix d’une carrière. Sans qualité, il n’y a pas de carrière possible. Les parents qui pensent d’abord aux études de leur enfant, à ses écoles, et pas à son caractère, sont des parents qui se fourvoient.

18/ Le non est un mot d’amour. Dire non à un enfant est une preuve d’amour. Dire non est le plus grand cadeau que l’on puisse faire à un enfant. Avec ce non, on lui fixe des bornes, des limites. Cela permet de forger son caractère. Il faut savoir punir, savoir sanctionner. C’est douloureux pour un père, c’est une mortification intense, mais c’est absolument nécessaire. Des pères qui disent toujours oui sont des mauvais pères.

19/ La fonction paternelle n’est pas élective. Les enfants ne choisissent pas leurs parents. On est père par un acte créateur, par génération. Donc notre autorité ne découle pas d’une élection mais d’une responsabilité accordée par la pratique.

20/ Il faut vivre la pauvreté pour ne pas être esclave de nos richesses. Être pauvre ne veut pas dire être clochard. La pauvreté est une belle vertu. C’est vivre le détachement des richesses, c’est ne pas être réduit à l’état de consommateur, c’est savoir gérer ses biens en père de famille, pour les faire durer. C’est transmettre un patrimoine : des meubles, une maison, un domaine, qui ne nous appartient pas en propre mais qui appartient à la famille.

21/ Il faut montrer aux enfants qu’on les aime, que l’on remarque leurs progrès, leurs luttes, leurs difficultés et leurs efforts. Il faut le leur dire. Il faut s’intéresser à leurs loisirs, à leurs centres d’intérêt, à ce qui les fait rêver.

22/ Il faut savoir dresser des frontières et des limites entre les mondes (de l’enfance et de l’âge adulte), pour donner de la valeur au passage, au mûrissement. Aider les enfants dans leur évolution et être auprès d’eux (de 0 à 25 ans, car même après 18 ans, ils ont besoin d’être guidés de près).

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